Une histoire. En 1951, une équipe française s’aventure en des terres inconnues au cœur du Népal, au bout du monde, à la limite du ciel. Les membres enthousiastes et passionnés de l’expédition n’ont en tête que ces fameux quatre-vingt onze mètres qui les porteront au-dessus des 8000, distance qui les séparera de la mer, vaste terre liquide aussi indomptable que son inverse céleste. Pour la première fois, l’Homme (au moins occidental), découvre l’ivresse absolue sous le toit du monde.

En 1963, disparaît Theodore Von Karman, physicien austro-américain, à l’origine de la Ligne de Karman. Elle matérialise par analyses physiques, un espace absolument abstrait, indiquant que l’Espace se trouve à 100km au dessus du niveau de la mer. Ce spécialiste de l’aéronautique définit ainsi la limite entre la Terre et l’Espace, en traçant une frontière entre le territoire de l’humanité et l’inconnu impalpable et insaisissable, cette masse noire ne réfléchissant à nos yeux que par l’étourdissement provoqué d’un vide infini.


Le Renversement du monde confond ces deux volontés ahurissantes, excessives et néanmoins essentielles pour le développement de l’être, le dépassement de soi et la relativisation du monde, courir vers l’inconnu au risque de s’y perdre et cerner ce qui existe, en vue de concevoir un monde possible où le rêve retrouve la réalisation.


Volume. Si le Renversement du Monde s’est concentré jusqu’à présent sur une production d’œuvres papiers, l’aboutissement du projet consiste à poursuivre son développement en élaborant une pièce volumique, représentant un des plus hauts sommets du monde.

La sculpture composée en résine, peinte en noire, renversée, le sommet pointant vers le bas, est destinée à être suspendue à une distance proportionnelle à son altitude. En d’autres termes, s’il s’agit par exemple, de l’Annapurna, la pointe de la sculpture se trouvera à 8,091cm du sol.

Cette pièce est une extension des conceptualisations élaborées lors de projets précédents, à partir desquels ont émergées des idées de distorsion de la réalité ou, plus précisément, des approches de perceptions légèrement décalées de nos réflexes sensitifs. Caverne, pièce produite en 2010, se concentre sur le célèbre mythe de Platon.

Le texte (Livre VII de La République) est ainsi recouvert de noir (acrylique) ne laissant apparaître que le terme caverne. Le principe n’a de sens ici que dans la désacralisation d’une connaissance, a priori, accessible qu’à une certaine classe, alors que, littéralement, il suffirait d’aborder le texte de manière sensible, et d’illustrer le contexte : que voit-on dans une caverne ? Rien, si ce n’est le noir, ou l’issue extérieure, encore faudrait-il alors s’y trouver non loin.


Liens. Renverser ainsi un sommet, originellement droit (et blanc), implique une focalisation sur nos possibilités d’acceptations que le monde, tel que l’on est en mesure de le concevoir, est susceptible de se transformer sous nos yeux, que rien n’est immuable ou constant et, que tout a un potentiel de transformation.

Nous arrivons à des liens qui se tissent avec Les Possessions (2013), qui remet en cause l’existence, ou plus particulièrement, la réalité des frontières tracées par les Hommes, ses civilisations et plus tard, ses nations. Cette pièce représente l’ensemble des pays reconnus (ou non) par l’ONU, ainsi qu’une pluralité conséquente d’îles et d’archipels, imprimés en noir et libérés des contingences nord/sud, est/ouest (les territoires pouvant apparaître à l’envers, ou quoi qu’il en soit, dans un autre sens que celui habituellement ordonnés sur une mappemonde ou sur un planisphère), imprimés donc, sur les pages du Tour du monde en 80 jours de Jules Verne, éloge (à contextualiser) de la colonisation. Les Possessions s’impliquent donc dans un processus d’appréhension d’un monde en perpétuelle évolution, assez loin d’une considération consensuelle d’un monde tracé de lignes vues et acceptées comme ayant toujours existées ou comme immuable.


Extensions. Ce qui permet d’illustrer, par extension, l’approche souvent vulgarisée (au sens de son accessibilité), de Lavoisier, où rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme.

Parfois, l’ensemble de la pratique ici présentée peut se référencer à cette maxime, car finalement, l’ensemble des possibles de la perception, amène à devoir accepter la disparition d’une donnée, d’un élément, pour tolérer sa suite, sa modification, devenue, fatalement, essentielle, pour la pérennisation d’un site, d’une image, d’une idée.

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