Comment savoir que l’essence dont nous usons chaque jour pour nous déplacer, influe sur un village kazakh alors transposer ailleurs pour la construction d’un pipeline, ou s’engouffre dans la déshérence à cause de la disparition de la mer d’Aral, source de travail et de nourriture ?


C’est à partir de ces invisibilités-là que se développe l’approche de la Mer d’Aral. En philosophie, ce que je ne vois pas, n’existe pas ; n’est pas. De la même manière, ce que je ne sais pas ne peut exister. Or, si le sujet invisible n’existe pas à mes yeux, il se peut toutefois que mon voisin puisse l’intercepter et alors me le rendre réel, visible. Ainsi, ce dernier peut m’en faire part et alors le sujet prend sens : je lui donne un état, un nom, peut-être même une émotion. D’ailleurs, l’émotion n’existe que dans nos sens individuels. Elle est aussi impalpable que les neiges éternelles agonisantes du Kilimandjaro situées à des milliers de kilomètres de Paris. Pour autant, chacun peut témoigner de l’existence et de la réalité manifeste de l’émotion qui nous prend lors de la disparition d’un être cher.

User ainsi de l’art dans la science, c’est donner à toucher, à voir et à ressentir, ce qui dans le propos et l’énonciation du discours scientifique n’est pas perceptible. L’oeuvre joue ce rôle de matérialisation de l’idée.

Elle rend visible ce qui à l’origine ne concernait que mon corps et mon esprit : les deux premiers éléments constitutifs de mon idée, matière aussi imperceptible que le vent.

Ce qui est donc invisible et inaccessible peut bel et bien exister. Même au-delà de notre propre regard. Notre planète compte des millions d’éléments qui constituent l’équilibre. Ce qui est invisible peut être tout aussi gigantesque qu’infiniment petit, ou pire encore : l’évolution de la matière dans le temps. Cet effet dimensionnel est un facteur fondamental de la représentation de l’environnement. Car si je peux constater qu’autour de moi, se transforment quelques éléments qui me sont bien connus, je peux alors imaginer ce qui à l’autre bout du monde peut se dérouler. Lorsque les arbres bourgeonnent deux semaines avant la date annuelle habituelle, peut-être qu’en Chine, les neiges arrivent bien plus tôt et déstabilisent la préparation des récoltes pour l’année suivante.

Il s’agit à présent de rendre visible ce qui ne l’est pas : représenter ce qui existe de l’autre côté de la planète comme le ruisseau de mon village qui disparaît.

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