L’île de la Possession, ou l’île Crozet, perdue au sud de l’océan Indien, loin de tout, à 2150km de l’Antarctique.

Un beau jour de janvier 1772,  le navigateur Marion-Dufresne, prit possession de cette terre, comme il était de coutume en cette époque coloniale. Plus récemment, en 1962, un groupe de scientifiques a nommé un massif: les monts Jules Verne. Père des voyages extraordinaires, adorateur passionné de la précision et de l’envolée technologique, Verne nous livre également un éloge de la colonisation et de la puissance occidentale. Qu’en est-il aujourd’hui? Quel monde doit-on regarder avant de comprendre que tout ne cesse se transformer, en des terres inconnues?



I - Planisphère


Il s’agit de représenter la plus grande partie possible des terres de la planète sur l’ensemble des pages du Tour du monde en 80 jours de Jules Verne.

Cette première approche est vouée à être présentée tel que chaque territoire soit présenté sur une page du livre. La carte du monde se trouve ainsi transformée. Il n’y a plus de nord/sud ou d’est/ouest. Les pays sont tantôt à l’envers, tantôt dans un autre sens (mais à l’envers de quoi? Existe-t-il un sens véritable dans l’espace?). Ce planisphère géant brise les frontières; les pays ne sont plus que de vulgaires pièces d’un puzzle qu’il n’est pas nécessaire de reconstruire, mais plutôt qui semble sujet à être repensé. J’aborde ici les notions de frontières, d’espace et de territoire. La Terre n’a pas toujours été telle que nous la connaissons aujourd’hui. Elle est en mouvement continu et ces délimitations abstraites ne sont qu’une mise en scène humaine vouées à se créer, à se perdre et à se transformer.



II - Livre


Il s’agit là d’appliquer la forme d’un pays sur chacune des pages du livre. Les pages, toutes dessaisies de la reliure sont rangées selon l’ordre originel. En revanche, les territoire ne suive une suite particulière. Le monde que traversent Phileas Fogg et Passepartout (majoritairement des colonies anglaises) n’existe plus, seule l’histoire laisse une empreinte sur le territoire alors occupé.

Je veux expliquer dans cette œuvre que rien n’est définitif, pas même l’histoire que l’on nous raconte. Si le fond de l’histoire perdure à travers les âges, le contexte est forcément différent. Le livre devient l’objet témoin de l’Histoire de l’Humanité. Toutes ces délimitations territoriales perdent leur sens dans l’histoire et ne cessent pas d’évoluer, comme une histoire alors contée.

Si chacun lira le même livre, chacun aura construit son propre monde avec ses propres références grâce à ses connaissances et expériences personnelles. Destructurer ainsi l’histoire du Tour du monde en 80 jours en y aposant la forme des territoires terrestres en noir, c’est amener à l’infini, l’idée utopique de la construction d’un monde idéal.



III - Approches sociologique et philosophique


Cette proposition se réfère à l’évolution de notre société en termes d’accessibilité à l’espace et à l’information. Si notre société nous promet à tous, la possibilité d’accéder à un nouveau territoire pour les vacances, elle nous vend surtout un rêve illusoire, que peu d’entre nous sont, ou seront, capables de réaliser.

Ainsi, apparaissent sur ces pages alors composées d’un seul et unique texte décrivant un voyage fabuleux (que chacun est en position de faire de chez soi) des formes noires, opaques et dérangeantes, venant troubler le lecteur dans sa découverte d’un monde fantastique. L’inaccessibilité provoque ici la frustration : la même frustration éveillée et entretenue face aux publicités, à l’information et à cet exceptionnel accès au monde : Internet.


Les territoires sont imprimés sur les pages du livre. Desaxés de leur position classique que nous retrouvons sur un planisphère occidental ou une mappemonde, chacun d’entre eux peut se retrouver à l’envers, soit le nord, au sud, ou l’ouest, à l’est. Ceci, dans l’idée de percevoir et de concevoir le monde tel que nous ne le voyons jamais.

En Australie, le monde est représenté à l’envers du notre, avec l’île gigantesque en son centre.

Notre vision du monde serait-elle un leurre? Que reste-t-il de ces territoires dès lors qu’ils perdent leur nom et leur situation géographique sur Terre? Qu’en reste-t-il lorsqu’ils ne sont plus réduits qu’à une simple forme abstraite? Pouvons-nous, sensiblement, définir ou donner un sens à une matière qui flotte dans l’espace?

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