Tà’amu


Au milieu du Pacifique, sur l’île de Moana Fa’a’aro, le volcan Ahi Nui s’éveille.

Le feu liquide glisse abondamment vers l’océan.

Le ciel se couvre de cendres ; la lumière est noire, opaque ; le silence gronde.

Au bout du monde, les hurlements résonnent dans l’écume bouillonnante.


*


Lorsque les vieilles du villages palabrent sur Taia, elles racontent aussi l’histoire de Tà’amu, l’enfant né au milieu de l’océan calciné.

Les vielles disent que Tà’amu partait en forêt chercher les arbres à l’agonie. Elles disent que Tà’amu grattait autour des troncs l’humus frais, pour sentir la chair de l’île, qu’elle y trouvait en-dessous, la lave épuisée et qu’elle assemblait les arbres soignés aux rochers. Elles expliquent que Tà’amu, cherchait à réconcilier le volcan à la terre.


Un jour, les vieilles ont trouvée Tà’amu enracinée entre les troncs vivants et la roche endolorie.

Les vieilles disent aussi, qu’elles fabriquent à leur tour les sculptures et qu’elles les ont appelées : Paoratu mato, l’arbre qui pousse dans le rocher.



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Les termes en italiques viennent du tahitien. Toutes les lettres se prononcent. (u = ou / aia = aïa etc.)


Tà’amu : prénom polynésien qui signifie le lien, ce qui lie.

Moana Fa’a’aro : endroit au large où aucune terre n’est en vue.

Ahi nui : le grand feu. (Volcan se dit : Mou’a auahi (littérallement : montagne de feu)


Taia : le chagrin. Ici, nom donné à cette funeste période.

Paoratu mato : l’arbre qui pousse dans le rocher.

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