Une chose vue n’est pas forcément la bonne. Ce que je vois pourrait parfaitement se distinguer autrement, sans changer de signifiant ni d’usage. Alors que nous avons tendance, en tant qu’humain, à définir telle chose selon sa forme et sa fonction, il suffit de la représenter d’une autre façon, pour qu’à nos yeux, son usage se transforme.

Qu’est-ce qui diffère alors la pipe de Magritte d’une pipe en bois ? Sa matière, son usage (celle de l’artiste, a priori, « ne peut pas se fumer ») et sa forme (l’une est un volume, l’autre un aplat de couleurs). Pourtant c’est bien du même objet dont il s’agit. L’usage définirait-il l’objet (son nom, sa fonction) ?

Car lorsque je regarde une pipe en bois et une pipe en peinture, c’est le même nom que je lui attribue.

Et si, de cette pipe, je n’en garde que ses contours ?  L’objet est toujours une pipe.


Du nom, l’objet prend son sens, sa signification. De sa forme, il en tire son usage, sa fonction. Sans être nommé, l’objet n’existe pas.


Représenter alors un objet, un lieu, une matière ou une personne, seulement par ses contours, déstructure sa représentation en gardant sa signification et sa fonction potentielles.

Accepter de changer de point de vue selon ce que je vois, ce que je connais ; ce que je regarde, ce que je sais.

Pour fabriquer un verre je contourne sa surface puis je la remplis de noir pour en faire une trace : marque de l’objet. Toutefois, au premier abord, c’est un cercle qui apparait, tout ce qu’il y a de plus banal. Pourtant, il ne s’agit absolument pas d’un cercle noir quelconque, mais bien du verre préalablement déposé sur le papier. Ainsi, l’acceptation et par conséquent la représentation que j’en fais, dépendent des points de vue physiques et intellectuels à partir desquels j’anticipe l’image.


Et si l’image peut être considérée tel un miroir représentatif de l’objet regardé, observé ou vu, il n’en reste pas moins qu’elle désigne une entité propre, contenant au sein de sa représentation, le signifiant et le signifié ; la forme et son sens ; sans pour autant conserver son corps matériel qui la compose physiquement.


C’est ainsi que la pierre naturellement dur et lourde se transforme en une matière souple et légère. Chacune des matières présentées se transforme en une image en noir et blanc, telle une photographie en peinture. Tout dépend à présent du point de vue que l’on veut bien porter sur son monde. Chaque chose est-elle exactement telle que je la vois ? Ou bien est-ce la façon dont je la regarde qui me donne son image ?

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